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#BrunschvicgRaisonReligion exemple 2 des oppositions fondamentales : l’Ecclésiaste (Qoheleth)

J’ai beaucoup apprécié le film récent de Terry Gilliam “Le théorème zéro” qui de par le nom Qohen Leth de son personnage principal évoque l’un des livres dits “sapientiaux” de la Bible (les “Ketoubim” de Tanakh = Torah + Nebiim -Prophètes  + Ketoubim-écrits sapientiaux):

Qoheleth = l’Ecclésiaste

sur lequel j’avais écrit cet article juste après l’avoir vu::

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/06/25/le-theoreme-zero-de-terry-gilliam-qohen-leth-cohen-qoheleth/

 

voir ici en vf le film de Terry Gilliam “Le théorème zéro “:

https://ok.ru/videoembed/277956332242

 

un des livres de la Bible que j’apprécie le plus, et que je cite souvent quand on vient m’importuner pour me vendre quelque chose, ou me faire signer une pétition :

Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite du vent

Le texte est ici :

http://www.info-bible.org/lsg/21.Ecclesiaste.html

et en version bilingue hébreu-français :

http://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft3101.htm

et rien que pour marquer mon indignation devant les projets “éducatifs” du “gouvernement” contre le latin et le grec, je donne aussi la version dite des Septante (bilingue grec-français):

http://ba.21.free.fr/septuaginta/ecclesiaste/ecclesiaste_1.html

ou grec seul (on ne sait jamais, si la première était supprimée par des hackers socialistes)

http://titus.fkidg1.uni-frankfurt.de/texte/etcs/grie/sept/sept.htm

ainsi que la version latine (Vulgate clémentine) :

http://vulsearch.sourceforge.net/html/Ecl.html

ou Vulgate de Jérôme :

http://www.hs-augsburg.de/~harsch/Chronologia/Lspost04/Hieronymus/hie_vv23.html

et la version bilingue latin-français :

http://bibleglot.com/pair/FreSegond/Vulgate/Eccl.1/

attention il y a aussi un “Ecclesiasticus” qui est en faite le Siracide :

http://ba.21.free.fr/septuaginta/siracide/siracide_1.html

et l’ironie veut que ce livre, écrit par Jésus (Josué) Ben Sira pour avertir les juifs contre l’expansion de la culture hellénique et le danger d’acculturation n’ait pas été retenu pour le canon hébreu, dont on n’a que des fragments :

http://introbible.free.fr/p2si.html

http://www.interbible.org/interBible/ecritures/bfc/introductions/at_introductions/i_siracide.htm

Ceci étant précisé, il est évident (pour moi en tout cas) que la “vanité des vanités” dont parle Qoheleth est celle de ce que nous appelons ici “plan vital”, et qui est le domaine du fini et de la finitude (ne serait ce que parce que la durée de vie des individus est finie, ainsi sans doute que celle de l’humanité dans son ensemble, et ses possibilités d’exploration de l’espace-temps puisqu’il est difficile d’imaginer un vaisseau habité approchant la vitesse de la lumière; à cette finitude du moi vital et personnel s’oppose dans la citation de la Troisième Méditation de Descartes l’Infini qui est celui du plan spirituel :

« J’ai en quelque façon premièrement en moi la notion de l’infini que du fini, c’est-à-dire de Dieu que de moi-même » (Troisième Méditation, A.-T., IX [1], p. 36). »”

Il importe ici de rappeler que Descartes était un bon catholique qui ne craignait rien tant que de faire de la peine à sa chère Eglise et qu’il aurait sans doute désapprouvé notre façon d’égaler le plan spirituel à “Dieu” et de nier la Providence, le Surnaturel, les Saints Mystères ou l’ordre de la charité de Pascal mais c’est ainsi : nous suivons Brunschvicg dans sa querelle de l’athéisme:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/2012/09/11/la-querelle-de-latheisme-de-brunschvicg/

Il importe aussi de rappeler que ni Brunschvicg ni l’auteur de ce blog ne sont “Dieu”, et d’ailleurs personne ne l’est car Dieu, le Dieu des philosophes et des savants que seul nous reconnaissons ici, n’est pas un être vivant ni personnel; (aussi ne peut on même pas dire comme Badiou que “Dieu est mort”, sauf pour exprimer notre admiration pour Nietzsche plutôt que pour Badiou); et que les opinions et les thèses défendues ici sont non seulement personnelles, mais hautement spéculatives, notamment dans ce qui touche à la Mathesis universalis et à sa rénovation par la théorie des catégories.

Ce plan vital de la finitude et de la vanité est celui des générations qui se succèdent “sous le soleil” ou “sous les cieux”:

Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.

Or la succession des générations, cela ne peut que nous conduire à évoquer , plutôt qu’Amour Maître des cieux,, le vilain et mesquin “sexe”, Maître des petites culottes et hélas bien souvent des “consciences” fort peu immaculées mais c’est ainsi : toutes et tous, nous sommes là, en ce monde de la vanité, parce qu’un homme et une femme ont fait l’amour (et non pas deux hommes ou deux femmes, désolé de “faire mon Zemmour” à propos de l’amour), et cet homme et cette femme sont notre père et notre mère, (biologiques en tout cas) pas notre parent 1 et notre parent 2….

Le sexe, tous ses attraits et toutes ses catastrophes et “vanités”, est le symbole privilégié du plan vital : voilà pourquoi il ne sera jamais “innocent” ni “facile” ni même contrairement à ce que l’on pourrait croire “naturel”: car si le plan vital est la “Nature” physique et biologique envisagée de façon imaginaire dans sa “totalité” , alors son symbole privilégié ne saurait être “naturel” puisque de par sa fonction représentative il appelle ce qui dépasse infiniment le plan vital, ce qui est son “Autre” : le plan spirituel, plan de l’Infini. Il est vrai que les “athées véritables” nient l’existence de ce plan, et pourtant… nous ne couchons pas avec notre mère, ou notre fille, ou avec les enf  ants, non ? même la brute la plus épaisse ne peut le faire sans que cela ne le “perturbe” un tant soit peu….

ces considérations permettent, peut être, de mieux comprendre l’attitude des religions vis-à-vis de la sexualité; seulement comme celles ci sont comme le dit Brunschvicg, “établies sur le plan vital”, ce n’est pas forcément ni réellement pour protéger la progression sur les différentes “voies spirituelles” des contaminations psychiques du “plan vital” qu’elles tentent de limiter l’exercice de la sexualité: c’est parce qu’elles sont souvent au service de l’exercice du pouvoir dans sa tentative de préserver la stabilité de la société,  et c’est un peu comparable (en forçant les choses) avec les maffieux du film “Casino” qui interdisent à leurs hommes de mains de coucher avec la femme  des autres car “c’est mauvais pour les affaires”.

donc le plan vital et les déceptions qu’il induit de par sa “finitude”affleure à chaque  phrase ou presque  du texte de l’Ecclésiaste, mais qu’en est il du plan spirituel si ce livre “de sagesse” doit réellement traduire l’opposition fondamentale des deux plans ?

Il affleure aussi mais pas là où on l’attendrait comme en témoignent ces versets 17 et 18 du chapitre 1:

J’ai appliqué mon coeur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent.

Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.”

nous sommes certes dans un écrit sapientiel mais pas philosophique à la façon des Grecs la vraie Sagesse est l’obéissance aux commandements du “Créateur”, car la notion véritable de “science” n’existe pas encore, et le plan de la vie de l’Esprit, qui se situe comme nous le savons depuis Platon, Descartes et Spinoza dans l’effort de “comprendre, seulement comprendre”   est donc recouvert d’un voile d’inintelligibilité propre à la créature, ce qui rend possible obscurités et contradictions comme par exemple:

La lumière est douce, et il est agréable aux yeux de voir le soleil.
11.8
Si donc un homme vit beaucoup d’années, qu’il se réjouisse pendant toutes ces années, et qu’il pense aux jours de ténèbres qui seront nombreux; tout ce qui arrivera est vanité.
11.9
(12:1) Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse, livre ton coeur à la joie pendant les jours de ta jeunesse, marche dans les voies de ton coeur et selon les regards de tes yeux; mais sache que pour tout cela Dieu t’appellera en jugement.”

Mais si tout est vanité, jeunesse comme vieillesse, en quoi jeune homme comme vieillard “ayant vécu beaucoup d’années” doivent ils se réjouir ?

en fait le terme important est ici le “jugement”, qui est réservé à Dieu, qu’il faut craindre plutôt que tenter de comprendre, comme aussi à la fin du chapitre 12 le dernier:

 (12:15) Écoutons la fin du discours: Crains Dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit faire tout homme.
12.14
(12:16) Car Dieu amènera toute oeuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal.”

Comment pourrait il en être autrement puisque la notion de “Dieu créateur” n’est qu’un autre nom de l’ignorance ?

“Le monde a été créé par Dieu” signifie : “il est impossible de comprendre pourquoi le monde est là”

le projet d’intelligibilité occidentale encore partielle chez Descartes (qui reste chrétien et  fixe à la connaissance des limites à l’intérieur desquelles elle est totale) mais globale et universelle chez Spinoza )  n’existe pas encore.

mais à partir de Descartes le jugement (rationnel) devient prérogative humaine, et il devient chez  Brunschvicg le fondement de toute vie spirituelle comme de tout progrès du savoir.

le Dieu de Qohelet, “fils de David et roi de Jérusalem”, a cédé la place au Dieu des philosophes.